LA NOTION DE « GENRE »APPLIQUÉE AU CHAMP DE LA CULTURE

La notion de « genre » est entrée dans l’arène médiatique avec un retentissement démultiplié par une polémique opposant « études de genre » à « théorie du genre », polémique sans fin.
La confusion terminologique parcourt le « champ de bataille » des féminismes, ainsi que les différentes théories qui s’approprient la notion de « genre ».
En 2007, Judith Butler, Éric Fassin*, Joan W. Scott* faisaient, sous le titre évocateur « Pour ne pas en finir avec le genre », le bilan de « l’usage généralisé » de ce terme, sésame à la mode pour obtenir des fonds, de sa « routinisation », ce qui lui fait « perdre en efficacité critique ».
En 2005, la Commission générale de terminologie et de néologie [« gender », 22 sept. 2005 …] avait fait des recommandations « devant l’utilisation croissante du mot genre dans les médias et même les documents administratifs », devant « un usage abusif du mot genre, emprunté à l’anglais gender » notamment dans les ouvrages et articles de sociologie… » ; « …la substitution de genre à sexe ne répond pas à un besoin linguistique et l’extension du mot genre ne se justifie pas en français… ». Recommandations sans suite, et pour cause.
En 2006, un texte, intitulé « Le “genre” interdit ? », dénonça « une position de nature politique » ; en 2008, Éric Fassin qualifia « d’hostile » cette mise au point de la Commission générale de terminologie, l’associant, non sans mauvaise foi, à celle du Conseil pontifical pour la famille, comme si les raisons de la première étaient les mêmes que celles du second.

S’il est exigible de séparer l’ordre politique de l’ordre religieux, il est non moins exigible de séparer l’ordre militant de l’ordre des savoirs.
La version aujourd’hui dominante – le sexe est biologique, le genre est social – est issue de la double influence cumulée des militantismes (féministe, Queer) et des sciences sociales. Sans la politisation de leurs revendications, des études de genre n’auraient jamais pu, par elles-mêmes, assurer le succès soudain d’une notion controversée comme celle de « genre », devenue le référentiel orientant les politiques publiques des pays membres de l’U.E. L’engagement féministe, militant dans l’élaboration du travail de pensée réussit à imposer sa version, en revendiquant une démarche de savoir et en recourant à l’argument politique pour disqualifier les objections qui lui sont faites, les traitant de « conservatrices », « réactionnaires », « traditionnelles », etc. Cette bascule continuelle d’un registre à l’autre a crée au fil des décennies un climat de désorientation et d’intimidation, rendant difficile d’ouvrir un débat public intellectuellement éclairé.
Le travail de réexamen de l’application de la notion de « genre » au champ de la culture se partagera entre l’espace du Blog (cf. Sommaire ci-dessous) et celui du livre.
Un livre est en préparation, (parution 2017), où sera mise en discussion la « nouvelle ère anthropologique », (Irène Théry, Camille Froidevaux-Metterie), basée sur l’introduction de la dimension du genre dans la filiation, la désinstitution de la différence des sexes, la « désexualisation des rôles ». Le fil d’Ariane de ce réexamen sera l’œuvre de Pierre Legendre qui « n’examine pas la société sociologiquement » mais la « prend comme une donnée d’ordre anthropologique : la production des montages de l’Interdit qui porte le sujet et la reproduction des générations. » [LES ENFANTS DU TEXTE, Leçons VI, Fayard, 1992, p. 320].

Après un temps de réorganisation du Blog, l’ensemble des Textes et les Annexes, sera mis en ligne le 12 janvier 2017.

* TEXTES EN LIGNE :
– Éric Fassin, (2005) « Un champ de bataille »
– Judith Butler, Éric Fassin, Joan W. Scott (2007) Pour ne pas en finir avec le « genre »… Table ronde
– Éric Fassin, (2008) « Une histoire politique ambiguë d’un outil conceptuel »
– Joan W. Scott « Genre : Une catégorie utile d’analyse historique » et  « Le genre : une catégorie d’analyse toujours utile ? »


SOMMAIRE

LIMINAIRE
SEXE ET GENRE, ET INCONSCIENT

A. LA « PÉDAGOGIE DU GENRE » APPLIQUÉE À LA PETITE ENFANCE

Partant de l’idée que les enfants sont « conditionnés » dès la naissance par l’assignation sexuée différenciée, le Rapport de l’IGAS 2012 sur l’égalité entre les filles et les garçons dans les modes d’accueil de la petite enfance, a développé un programme de « pédagogie du genre » afin de « déconstruire » les « stéréotypes sexistes, de « genre », de « ne pas enfermer les enfants dans des rôles sexués stéréotypés », dont vêtements, couleurs, jouets, jeux, livres, comportements sont les signes.
Cette « déconstruction » doit contribuer à « prévenir » les « inégalités » affectant les femmes dans le monde du travail et les « violences » qui leur sont faites.
Après une phase d’ « expérimentation » dans des crèches pilotes, dites « égalicrèches », ce Rapport préconise la généralisation de la « pédagogie du genre ».

1. PROGRAMME DE LA « PÉDAGOGIE DU GENRE »
2. OBJECTIONS À « LA PÉDAGOGIE DU GENRE »
3. « UNE PERSÉCUTION GÉNÉRALE DE L’IMAGINATION ET DU FANTASME »

B. « ÉGALITHÈQUE »
ADDENDA 2016
L’ŒUVRE

« Décrypter les stéréotypes sexistes » dans les manuels scolaires, dans les livres d’histoire, dans la littérature jeunesse, faire la chasse aux « représentations inégalitaires », compter, vérifier partout la « parité », ainsi se constitue une « égalithèque », mais sûrement pas une bibliothèque digne de ce nom.
La classification des artistes et des créateurs selon leur sexe est une démarche ségrégative, qui contrefait l’histoire de l’art en méconnaissant les lignées de culture du génie créateur et les conditions des œuvres de l’esprit.

C. UN PARTICULARISME DE SEXE
ADDENDA 2016
« ON NE NAÎT PAS… ON LE DEVIENT »

Faire de la langue française orale et écrite le terrain où poursuivre une lutte contre la domination du « masculin » jusqu’à « l’abolition des privilèges masculins », « démasculiniser la langue française », changer des règles de grammaire, introduire dans l’espace public des préférences de « genre » dans la manière d’écrire le français, tel est le programme d’un particularisme qui veut « genrer » le langage en fonction du sexe.
Après avoir tant réclamé de ne pas « essentialiser » la femme, ce particularisme de sexe ne fait que contraindre une femme à s’identifier, de façon obsessionnelle et en toutes choses, comme femme : une « essentialisation » sous une autre forme, et impérative.

D. UNE « FAUSSE AURORE »

La promesse d’une nouvelle aurore s’était levée avec des droits pour les femmes, un gain culturel pour elles, et au-delà d’elles. Aujourd’hui, une « fausse aurore » est en passe de l’éclipser.
Ce qui avait été gagné en termes d’égalité se trouve perdu en termes de différence, celle-là même sur laquelle le gain culturel se fonde, et ce qui est perdu engage des conséquences bien au-delà de l’égalité.
De « désexualisation » en « déféminisation », en symétrisation des rôles des parents, égaux interchangeables, on arrive à la « défamilialisation ». Un tel retournement ouvrirait, dit-on, une « nouvelle ère anthropologique », celle de la fin de « l’immémoriale division sexuée du genre humain », de « l’avènement d’un individu désexualisé, c’est-à-dire affranchi des anciennes assignations de genre… ».

1. « ON NE NAÎT PAS FEMME, ON LE DEVIENT »
2. « L’ÉMANCIPATION DE LA MAISON ET DE LA VIE DE FAMILLE »
3. LA « DÉFAMILIALISATION »
4. LA FEMME EN TANT QUE MÈRE

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Une réponse à “LA NOTION DE « GENRE »APPLIQUÉE AU CHAMP DE LA CULTURE

  1. Geneviève Boyer 31 décembre 2016 à 9 h 33 min

    Vos travaux sont vraiment précieux, merci d’en rendre compte sur un blog.

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