PRESTO Les deux patients musiciens de Freud

PRESTO Les deux patients musiciens de Freud

Jacquelyne POULAIN-COLOMBIER

« La majorité des psychanalystes d’aujourd’hui auraient abordé le cas tout autrement que Freud », écrit E. E. Garcia, ils auraient suivi B. Walter dans son attente de thérapie (…). Bien que fondateur, à la tête de la psychanalyse et son premier chercheur, Freud était loin d’être un despote inflexible quand il s’agissait de son application thérapeutique (…) Freud doit avoir senti qu’une action décisive et rapide était essentielle et que la technique de l’association libre n’était pas conseillée ». Garcia prête à Freud d’avoir fait une « interprétation somatique » opérant le déplacement du bras (diriger un orchestre) à l’œil (voir la Sicile), se lance dans un commentaire sur la connexion œil-sexe / Œdipe sortie du livre, pour conclure que « nous avons besoin de savoir comment les fantasmes de B. Walter furent réactifs à une interprétation inexacte » (1).

– G. POLLOCK : « On Freud’s psychotherapy of Bruno Walter »,
Ann. Psycho-analysis, 3, 1975
– E. E. GARCIA
« Somatic interpretation in a transference cure :
Freud’s treatment of Bruno Walter », Int. Rev. Psycho-analysis, 17, 1990
& « G. Mahler’s choice », Psa. St. Child, 55, 2000
– P. FONAGY : « The process of change and the change of process.
What can change in a “good analysis” ? », 1999

Pour P. Fonagy, le traitement de « la paralysie hystérique » de B. Walter effectué par Freud est un « bel exemple » de « cure par le transfert ». Ici, dit-il, on a une forme de changement psychique qualitativement différente de ce qui se passe dans une analyse, avec néanmoins une amélioration incontestable. Il nous invite, lui aussi, à admirer « la flexibilité clinique » de l’inventeur de la psychanalyse qui, « au moins pour certains de ses traitements, était bien plus prêt à « jeter le livre » (pour utiliser une expression de Léon Hoffman, 1994) que la plupart de ses suiveurs ne pouvaient s’autoriser à le faire » (2).

G. Pollock (3), quant à lui, soulignant que « la crampe du chef d’orchestre » survient non pas pendant la période troublée et hyperactive de .B. Walter mais après, la comprend comme « delayed effect », effet à retardement d’un impact traumatique qui se produit quand le danger extérieur n’est plus présent, ce qui transforme quelque peu l’enjeu clinique de cette crampe dite « professionnelle ».
Il y a deux raisons de regretter que R. Sterba ait présenté les quelques entretiens de B. Walter avec Freud comme « psychothérapie brève » dans une intention d’antériorité sur la « nouvelle invention » de ceux qui rejettent « l’analyste classique » : si Freud a choisi, dans ce cas précis, un mode d’intervention thérapeutique autre que la méthode analytique, cela ne l’a pas conduit à inventer une autre pratique ; Freud utilise une technique non analytique, mais la demande du patient Bruno Walter s’adresse, elle, au psychanalyste Freud, comme en témoigne son attente de questions sur sa sexualité.
Sterba ne donne pas non plus assez d’éclaircissements sur la remarque faite par B. Walter − « Je lui racontais mon histoire, assuré qu’il serait professionnellement intéressé par un possible lien entre mon affection physique réelle (actual) et une fausse (wrong) dont j’avais souffert plus d’une année auparavant ». Pourtant, la connaissance du contexte de cette remarque est nécessaire à la compréhension de la décision thérapeutique prise par Freud.

Bruno Walter a 25 ans quand il arrive, l’automne 1901, à Vienne, appelé par Mahler pour être son assistant. Il réalise alors son rêve de vivre dans la capitale de la musique, prêt (4) à travailler auprès de Mahler.
L’élément déclenchant de la « fausse » affection au bras est la « surprise », le « rude choc » que ressent B. Walter découvrant un matin dans la presse des attaques très violentes contre lui, sa façon de diriger, sa présence même comme assistant de Mahler, c’est la première fois, dit-il, qu’il est « maltraité (abused) avec autant de brutalité ». Mahler s’empresse de lui expliquer que les insultes antisémites et autres réactions critiques malveillantes, dont jusqu’ici il était l’objet, se sont déplacées sur lui (5). Mais les actes d’hostilité s’étendent et ce sont tous les fondements de l’existence professionnelle de B. Walter qui sont ébranlés. Il se demande néanmoins si toutes ces critiques ne contiennent pas quelque élément de vérité, s’observe avec une attention critique pendant son travail, se met à douter de tout ce qu’il fait. Au bout de quelques semaines de cette « autovivisection » (6) − un vrai travail d’identification à l’agresseur − d’attention excessive à chaque détail, il finit par « inhiber insidieusement » sa technique de chef d’orchestre et infléchir la pertinence musicale de son travail. En résumé, il devient « incapable de diriger, prêt à quitter Vienne et à accepter une proposition de chef d’orchestre à Cologne » (7).
Quand Mahler sera informé (8) de son possible départ, il redira que les mérites de B. Walter ne sont pas en cause, mais que lorsque l’on perd la bataille à Vienne il n’y a plus qu’à partir (9), ce que B. Walter ressentira douloureusement comme un abandon (10). Il va toutefois réagir, comme il le dit lui-même, de façon inattendue, il se sent soudain conscient d’une responsabilité envers lui-même, décide de ne pas fuir, de ne quitter Vienne qu’après avoir été « victorieux » à Vienne.
B. Walter reprend alors son autocritique mais la limite aux répétitions, il cherche surtout à retrouver ses propres forces psychiques, à combattre « sa propre incertitude de soi-même » (11). Un jour, il trouve un mot de félicitations de Mahler, qui fit sur lui « l’effet d’une gorgée de cette médecine venant de la bouteille du conte, et qui guérit toutes les blessures » (12). En 1902, lors d’une représentation d’un opéra de Verdi, il conquiert enfin le public de l’Opéra de Vienne. Mais pour que sa victoire sur « l’insurrection », faussement dirigée contre lui, et sa « réhabilitation » soient plus assurées, il étend son répertoire musical. Il devient, avec succès, un pianiste de musique de chambre, on l’invite à Prague, autant de façons de détourner l’attention des critiques. B. Walter réussit à retrouver sa confiance en soi et dans sa technique professionnelle de chef d’orchestre. « Victorieux », il ne quitte pas Vienne.
Afin de pouvoir accueillir plus confortablement leur premier enfant (naissance de leur première fille le 4 octobre 1903), la famille Walter déménage. Après cette longue épreuve qui a « failli le détruire », B. Walter vit maintenant selon un mode qu’il qualifie d’« anti-faustien », lorsque se déclare (« I was attacked ») une douleur au bras invalidante et qui va le conduire chez Freud.

E. E. Garcia a-t-il vraiment raison d’affirmer que « la majorité des psychanalystes d’aujourd’hui auraient abordé le cas tout autrement que Freud » et répondu par une action thérapeutique au long cours ?
Bien que nous ne disposions que d’un compte-rendu assez succinct fait par le patient, l’hypothèse d’un lien entre le premier empêchement et le second semble la plus vraisemblable. Il s’agissait dès lors de traiter un patient qui, ayant fait seul un énorme effort psychique pour faire face à un trauma psychique causé par des attaques persécutrices réelles venant de l’extérieur, vivait un nouvel empêchement menaçant sa vie professionnelle (13). On a le sentiment que Freud a pris la mesure du risque sur le plan de l’économie psychique de ce patient.
D’une certaine façon, la prescription de Freud – partez dès ce soir en Sicile − a suivi la voie que B. Walter avait déjà trouvée et expérimentée, le détournement de l’emprise. La notation de B. Walter pendant son séjour en Sicile − « me souvenant des recommandations de Freud, je m’efforçais de ne pas penser à mon affection » − témoigne que quelque chose se transfère, le souvenir de la parole de Freud venant se substituer à celui de son « affection », mais cela ne suffit pas. Freud doit engager une position d’ « autorité suggestive » sur le terrain même de l’activité de chef d’orchestre de son patient. Il manœuvre entre la mise en action du transfert et une part (14) laissée au patient d’un certain franchissement. L’effet de séparation du symptôme ne me paraît pas s’expliquer par la seule vertu de l’autorité « suggestive » de Freud. Sterba la surestime alors que les faits montrent que la suggestion ne suffit pas à s’imposer d’elle-même : le patient réagit négativement, s’impatiente, doute, se tourne même vers le livre du baron Ernst von Feuchtersleben !
Faute de prendre en compte le lien entre le trauma initial et son résidu, Sterba ne reconnaît pas suffisamment dans la position de Freud un facteur d’altérité qui vient s’interposer dans ce qui était resté une sorte de suggestion de B. Walter par lui-même (15), réussie au niveau du rétablissement de son narcissisme et de la reconnaissance sociale, mais sans prise sur la transformation d’une attaque externe en attaque interne. Freud semble avoir parié, à l’inverse de B. Walter, que la première fois, celle du trauma psychique, était la « vraie » affection, et la seconde, le mal au bras, la « fausse », qu’il n’y avait pas d’autre investissement (16) que résiduel dans cet prescription surmoïque, emprunté, retardé, à souffrir. Le résultat thérapeutique a confirmé son hypothèse, et durablement (17).
B. Walter se souviendra de Freud quand il conseillera à Mahler en pleine crise créatrice, l’été 1908, de partir en voyage pour la surmonter, ce qui agace Mahler : « Qu’est-ce que c’est donc que cette histoire d’âme ou maladie de l’âme ? Comment devrais-je la soigner ? Par un voyage dans les pays du Nord ? Mais là je me serais à nouveau laissé « distraire ». Pour retrouver le chemin et la conscience de moi-même, il fallait que je sois ici et dans la solitude » (18). Deux ans après, Mahler rencontrait Freud.
Si pour B. Walter le résultat thérapeutique a profité à la musique, et en particulier à celle de Mahler (19), concernant Mahler, les réserves faites par les musicologues sur l’effet « thérapeutique » de sa rencontre avec Freud doivent être prises en compte.

Avec Mahler, Freud s’est trouvé d’emblée en pleine tempête, dans l’immédiat du choc émotionnel : Mahler vient d’apprendre (en juin) la liaison de sa femme en ouvrant son courrier, à son bureau de directeur de l’Opéra de Vienne, l’enveloppe est à son nom à lui, mais la lettre à l’intérieur s’adresse à Alma et lui dit de quitter son mari ! Conscient de la valeur de Mahler, Freud fait une exception et répond de son lieu de vacances à l’urgence de la demande de ce patient exceptionnel pris dans un moment de sidération.
Ici aucun compte-rendu, il a fallu pas mal d’années pour rassembler les pièces du puzzle, essentiellement des correspondances, et surtout pour que resurgisse un document, qui pour être historique n’en fait pas moins énigme.
Le 9 mai 1985, chez Sotheby’s, à Londres, a été vendue la lettre de Freud du 23 mai 1911 [cinq jours après la mort de G. Mahler] présentant à l’exécuteur testamentaire de Mahler ses honoraires pour « la consultation de plusieurs heures » à Leiden l’été 1910. Les honoraires [300 crowns] furent acquittés intégralement, et son reçu, daté du 24 octobre 1911, vendu avec la lettre.
« Le ton de la lettre laisse penser, commente N. Lebrecht (20) qui rapporte cette information, que Freud n’avait pas envoyé de facture du vivant de Mahler ». Pourquoi ? Freud pensait-il que cette « consultation » pouvait être préliminaire, attendait-il que Mahler revienne ? Cette année 1910, Mahler n’est reparti à New York (21) qu’en octobre, et il songeait depuis quelque temps à revenir en Europe. De fait, ce n’est pas tant la question posée par G. D. Graham (22) − pourquoi, si la séance prolongée de l’été 1910 lui a apporté de l’aide, Mahler n’a-t-il pas consulté Freud à nouveau − qui ne peut être éludée, que celle-ci : pourquoi cette réclamation à Mahler mort par l’analyste de ses honoraires plutôt qu’à Mahler vivant, ce qui aurait pu lui donner une chance de s’adresser à lui autrement que lors de ce rendez-vous en catastrophe, une idée d’Alma (23) que Mahler pouvait avoir acceptée (24) uniquement dans son désir éperdu de ne pas la perdre ?
Si l’on peut comprendre que l’analyste ait un peu attendu avant de présenter ses honoraires dans le moment de trouble où se trouvait Mahler, avoir laissé passer neuf mois après la « consultation » de Leyde et les réclamer à l’exécuteur testamentaire de Mahler s’explique plus difficilement. On ne peut pas ne pas se demander pourquoi Freud laisse Mahler seul aux prises avec les effets inévitablement sauvages d’une interprétation rapide lors d’une consultation en catastrophe.
Au cours des quatre heures de cette « sorte de psychanalyse » comme l’appelle Jones, de cette « walking cure » comme la renomme Stuart Feder (25), un temps qui ne peut se comparer à rien, il y eut interprétation − ce qui différencie l’intervention de Freud avec G. Mahler de celle avec B. Walter. Freud précipita une interprétation psychanalytique d’implication œdipienne, étayée sur la liaison des prénoms (Marie/Maria) de la mère et de la femme de Mahler.
Cette longue séance avec Freud produisit des effets de réassurance fébrile chez Mahler qui, dès lors, se consacre à sa femme, réhabilite ses compositions qu’il avait écartées, la couvre de fleurs, de cadeaux et de déclarations d’amour. Un peu trop enclins à suivre la présentation (26) névrotique de Mahler faite par Alma, les analystes ont salué l’intervention de Freud (27), sans trop questionner l’échec dans l’autre tourment de Mahler de cet été 1910 : terminer sa 10ème symphonie.

Il est indéniable que cette tentative (28) de Mahler pour reconquérir sa femme détourna son énergie au moment crucial où il devait terminer sa 9ème symphonie, ce qui fait dire à Eveline Nikkels (29) que « Freud a détruit l’activité créatrice de Mahler ». En l’absence de tout document, on ne peut que se poser des questions : qu’est-ce que Mahler a dit ou non à Freud de la lutte dans laquelle il est engagé comme créateur ? Qu’est-ce que Freud a compris ou non du conflit créateur chez Mahler ?
En 1910, Freud en savait suffisamment sur la psychanalyse des névroses pour savoir qu’il était impossible avec un patient comme Mahler, même dans l’urgence, de penser à une approche qui ne soit pas psychanalytique (30) dans ses références, mais pas assez pour permettre à Mahler de terminer sa 10ème symphonie.
Tout ce que l’on peut constater, c’est que l’infidélité d’Alma a bouleversé Mahler, mis à l’épreuve ses réserves vitales, déjà si éprouvées, menacées depuis 1907 avec la mort de sa petite fille, puis la découverte de sa propre maladie de cœur qui le laissait avec des conditions de vie restreintes (31), voire en sursis.
Freud a tenté de rétablir quelque chose, mais ni le savoir de Freud ni la « rapidité » à comprendre de Mahler, notée par Freud lui-même, n’ont permis de dénouer tous les fils. Mahler donnera raison (32) à Freud sur le point de l’importance centrale d’Alma pour lui, mais refusera de reconnaître une fixation à sa mère. Et c’est la troisième Marie/Maria qui va faire retour.
Alors que le 4 septembre 1910, Mahler, malade, tient compte de la non autorisation du médecin à diriger (33), le 21 février 1911, contre l’avis de son médecin (34), il monte au pupitre. Au programme, la « Berceuse de l’homme auprès du cercueil de sa mère ». L’œuvre n’a pas encore été entendue, Busoni, le compositeur, est dans la salle. Pendant l’entracte, Mahler se sent mal, mais il se domine et dirige jusqu’au bout. Après ce dernier concert Mahler dû interrompre toute activité et rentrera mourant à Vienne.
À sa demande réitérée (35), il sera enterré auprès du cercueil de sa petite fille, Maria, morte en 1907, à 4 ans. Il semble que cette troisième Maria n’est pas été prise en compte par Freud, mais Mahler le savait.

À la séance du 24 mai 1911 du groupe du mercredi – le lendemain du jour où Freud a envoyé la lettre demandant le règlement de ses honoraires − le nom de Mahler est cité deux fois : comme exemple où « l’influence psychique a accéléré la mort », et parmi « le nombre relativement élevé d’individus géniaux, en particulier d’artistes créateurs, qui meurent à un âge précoce », avec cet ajout : « Le Prof. Freud peut aisément confirmer la validité de l’hypothèse concernant la mort de Mahler car il sait que Mahler se trouvait à un tournant de sa vie où il avait le choix entre la possibilité de changer et par là d’abandonner le fondement de son pouvoir créateur ou d’éluder le conflit » (36).
Reprenant cette alternative, même si elle pouvait signifier la « mort artistique » de Mahler, E. E. Garcia conclut que ce qu’il appelle drôlement « une intervention de crise psychanalytiquement avertie » (a psychoanalytic informed crisis intervention) a permis à Mahler de « choisir l’amour humain plutôt que la créativité artistique ». Pourquoi Garcia feint-il de ne pas savoir que la « mort artistique » équivaut chez Mahler à la mort tout court ?
L’alternative suggérée par Freud en 1911, avec son choix (37) de type « la bourse ou la vie », serait une impasse, même si la durée de la cure était longue, car elle repose sur une méconnaissance du fondement du pouvoir créateur chez le musicien Mahler.
Différente en cela d’autres arts (38), la musique est l’art qui témoigne de l’extrême précocité de la manifestation – avant tout apprentissage − de ce que, faute de mieux, on appelle un « don », et qui annonce un destin. Chez un « musicien né » (39) comme Mahler, la contrainte qu’exerce ce « don » (40) ne relève pas d’une condition névrotique de son génie musical.
En 1924, transgressant l’interdit fait par Mahler de publier des partitions inachevées, Alma rendit public un fac-similé de la partition inachevée de la 10ème symphonie − entièrement esquissée, dont seuls deux mouvements sur cinq sont achevés. Il montre que Mahler n’élude ni ne choisit : en plusieurs endroits de la partition des pensées de détresse mêlés à des cris d’amour où apparaît un prénom, « Alma », sont intriqués à l’écriture de la musique.

NOTES

(1) E. E. Gracia, art. cit. (Trad. J.P-C).
(2) En ligne, p. 4 : « http://psychematters.com/papers.fonagy.htm » (Trad. J. P-C).
(3) G. Pollock, art. cit., p. 293. G. Pollock fait une erreur significative en affirmant que le traitement de B. Walter semble coller avec le texte de 1905 sur « Le traitement psychique » où Freud parle des effets thérapeutiques possibles du voyage, de l’importance de détourner l’attention… ». Sauf que ce texte est de 1890.
(4) En 1898, Mahler avait déjà proposé un poste à Vienne à B. Walter, qui l’avait refusé, voulant auparavant s’assurer de sa propre identité de musicien avant de s’exposer à la puissante influence de Mahler, op. cit., p. 124-125.
(5) Op. cit., p. 156-158. Cette autobiographie de B. Walter a un aspect documentaire sur la société viennoise du temps de Freud.
(6) Terme de B. Walter lors d’un précédent épisode d’auto-investigation, op. cit., p. 110-112.
(7) Op. cit., p. 172-174.
(8) Pas par lui, mais par sa femme, Elsa, et sans son accord, op. cit., p. 175.
(9) Mahler quittera Vienne et l’Europe en 1907 pour ces mêmes raisons.
(10) Période où G. Mahler tombe amoureux d’Alma, qu’il épousera en mars 1902.
(11) Op. cit., p. 174-177
(12) Op. cit., p. 176.
(13) Scriabine souffrit en 1893 d’une paralysie de la main droite, ce qui le plongea dans une dépression morale profonde qui durera 3 ans ; C-H. Boller (1896-1952), souffrit à 16 ans d’une crampe de la main gauche et dû renoncer à sa carrière de violoniste. Il devint chef d’orchestre et chef de chœur.
(14) Si Freud a recours à une technique non analytique, on notera que pour B. Walter comme pour Mahler, il maintient cette part à ses patients musiciens éveillés, contrairement à la thérapie de S. Rachmaninov, cf. note 30.
(15) Ce dont se plaint beaucoup B. Walter au cours de l’épreuve initiale, c’est qu’il n’y a personne pour l’aider, qu’il est seul, op. cit., p. 174-175.
(16) Reik a une autre version. Je la donne avec réserves, dans une note en bas de page, car elle suppose des éléments qui ne cadrent pas avec les faits historiques tels que nous les connaissons. Dans ses « conversations » avec Erika Freeman, Reik évoque l’étrange trio B. Walter, Freud et G. Mahler, et relate l’entretien de Walter et de Freud ainsi : « Walter est allé voir Freud parce qu’il avait une douleur persistante au bras droit, surtout quand il devait diriger. Freud demanda à Walter « Avez-vous déjà été à Taormina ? », Walter ayant répondu non, Freud dit « Allez là-bas avec votre femme pendant un mois », ajoutant, « Je vous promets (I guarantee) que dans un an vous ne souffrirez plus ». Reik demanda alors à Freud d’en dire plus sur sa façon d’agir : « J’étais en train de soigner G. Mahler, et Mahler me dit qu’il avait accepté un engagement pour diriger en Hongrie l’année suivante. Et comme je savais que le mal de Walter à son bras était directement lié au fait qu’il voulait tellement diriger, mais que le seul moment où il aurait la chance de le faire était quand Mahler était malade, son bras devait continuer à lui faire mal. C’était une sorte de châtiment qu’il payait pour souhaiter inconsciemment que Mahler soit malade afin qu’il puisse diriger, et de prendre plaisir à diriger. Ainsi s’acquittait-il de la punition en ayant mal à son bras pendant qu’il dirigeait », Insights, conversations with Theodor Reik, 1971, p. 97. (Trad. J. P-C). Le problème, c’est que les dates ne collent pas : B. Walter rencontre Freud en 1904, Mahler rencontre Freud en 1910, comment Freud pourrait-il être en train de soigner Mahler en 1904 ? Il faudrait supposer que Mahler a été chez Freud avant l’été en Hollande, ce dont nous n’avons, à ce jour, aucune confirmation. Reik s’est-il trompé de date à son tour ? Freud dit avoir rencontré Mahler en 1912 ou 1913, alors que Mahler est mort en 1911 ; Sterba, Garcia retiennent la date de 1906 alors que la rencontre de B. Walter avec Freud a eu lieu en 1904, une telle accumulation d’erreurs dans les dates retient l’attention.
(17) À notre connaissance, il n’y aura pas de récurrence du symptôme, même après la date de publication (1946) de l’autobiographie de B. Walter (1876-1962). Nous disposons de photos, d’enregistrements vidéo montrant B. Walter tout à fait agile et expressif dans ses gestes. À 80 ans B. Walter dirigeait encore La Flûte enchantée.
(18) Lettre à B. Walter, Internet. Une discographie de Gustav Mahler, la neuvième symphonie, http://gustavmahler.net et http://gustavmahler.net.free.fr
(19) Lors du concert en mémoire de Gustav Mahler, le 20 novembre 1911, à Munich, c’est Bruno Walter, guéri de sa paralysie du bras, qui dirigera la Neuvième symphonie ainsi que Das Lied von der Erde, dont Mahler lui avait donné à lire les partitions, op. cit., p. 194.
(20) N. Lebrecht, Mahler remembered, faber and faber, 1987, p. 284.
(21) À l’époque où Freud le reçoit, Mahler habite les États-Unis depuis 1907, il ne revient en Europe que l’été, période des vacances de Freud et pour Mahler un temps réservé à la composition.
(22) Dans son compte-rendu du livre de Stuart Feder, Book Reviews, p. 1364-1365.
(23) C’est une relation d’Alma, le Dr. Richard Nepallek, qui aurait d’abord contacté Freud. Reik suggère, lui, que c’est B. Walter qui a persuadé Mahler d’aller voir Freud, Conversations, op. cit, p. 96 ; N. Lebrecht fait une suggestion en ce sens aussi, « G. Mahler n’ignorait sans doute pas que le chef d’orchestre le plus proche de lui, B. Walter, avait sollicité l’aide de Freud », op. cit., p. 280. (Trad. J.P-C).
(24) Mahler ne cessera d’annuler les rendez-vous pris que sous la pression de Freud qui finit par s’impatienter, lui disant qu’il ne l’attendra pas indéfiniment car, cet été 1910, c’est Freud qui doit aller en Sicile.
(25) Stuart Feder, Gustav Mahler, a life in crisis, Yale University Press, 2004.
(26) Prenant en compte d’autres sources, d’autres documents Norman Lebrecht trace un portrait de Mahler à rebours de celui fait par Alma qui le décrit comme « vieux prématurément », d’« une mauvaise santé » et comme « chaste avéré ». Quand ils se sont rencontrés, rétablit N. Lebrecht, Mahler a 41 ans, il « dirige d’une façon sans précédent l’Opéra le plus problématique du monde », est « proche de l’excellence en tant que compositeur, « prodigieusement athlétique » et « un vétéran dans les expériences sexuelles avec plusieurs chanteuses », N. Lebrecht, op. cit., p. xiii. (Trad. J.P-C).
(27) « Mahler guérit de son impuissance et le mariage fut heureux jusqu’à sa mort », dira Jones, lyrique, dans La vie et l’œuvre de Freud, volume III.
Dans sa lettre à Reik du 4 janvier 1935, Freud note cependant « qu’aucune lumière ne tomba sur la façade symptomatique de sa [de Mahler] névrose obsessionnelle. C’était comme si l’on avait creusé une seule galerie profonde dans un édifice énigmatique », Trente ans avec Freud, éditions Complexe, 1956, p. 112. (On regrettera dans cette édition la note 8 qui affirme que Mahler « était puceau à 42 ans quand il épousa Alma. Cf. Note 26, supra).
(28) Nous savons aujourd’hui, comme N. Lebrecht a raison de le rappeler, que le rétablissement amoureux de Mahler n’a pas empêché Alma de continuer à voir son jeune amant, qu’elle épousera en 1915 et dont elle divorcera en 1918.
Cf. N. Lebrecht, « Shrinking the score », April 16, 2004, http://www.scena.org
(29) Dir. de la Dutch G. Mahler Society. Elle a participé le 26 août 2006, au Freudfestival de la NPI à Leiden (De Freud en Mahler wandeling) et en juillet avec M. Molnar au Freud Museum de Londres. Cf. Site Internet du Nederlands Psychoanalytisch Institut (NPI).
(30) À l’aube du XXè siècle, à Moscou, un neurologue de formation devenu hypnothérapeute professionnel, (il avait suivi, comme Freud, la consultation de Charcot à la Salpetrière), va avoir comme patient Serguei Rachmaninov.
Trois ans avant leur rencontre, Rachmaninov a fait jouer sa première symphonie, sous la direction de A. Glazounov. Ce fut un complet désastre qui détruisit la confiance en lui-même de ce jeune compositeur âgé alors de 24 ans. Quelque temps après, accompagnant le chanteur F. Chaliapine chez et pour Tolstoï, ce dernier accueille son œuvre – une des rares choses que Rachmaninov avait composée depuis la première mémorable − avec des remarques pour le moins désobligeantes qui achèvent d’effondrer Rachmaninov. Au bout de trois ans, devant l’impossibilité de composer et tous les signes d’une dépression que Rachmaninov tente de surmonter en buvant, sa famille et ses amis le pressent d’aller consulter le Dr Nikolaï Dahl, qui avait de bons résultats avec les alcooliques. Rachmaninov désespéré se laisse convaincre et le Dr Dahl accepte de le prendre gratuitement, la situation financière de Rachmaninov étant à l’image de son état général. À ceux qui le pressaient de s’occuper de ce patient musicien, il demanda quelle sorte de composition était souhaitée ? Un concerto pour piano.
La thérapie dura quatre mois. Le résultat apparut à tout le monde « miraculeux » : Rachmaninov se remit à composer et en moins d’un an avait écrit son concerto. Même si d’autres facteurs peuvent être pris en compte − le Dr Dahl, lui-même un instrumentiste (violon), très porté sur la musique, les séances comportant aussi des discussions sur la musique, voire même la jolie jeune fille du Dr Dahl, disent certains − Rachmaninov, lui, n’a retenu de cette cure que le leitmotiv des séances scandées, jour après jour, par la voix répétitive : « vous allez commencer à écrire votre concerto, vous allez composer avec facilité, le concerto sera excellent ». Et il le composa.
En 1928, lors d’un concert à Beyrouth – le Dr Dahl a fui la révolution russe – on joua ce concerto et sachant que son dédicataire, le Dr Dahl, était là, le public n’eut de cesse de le faire lever pour l’applaudir, comme on le fait d’habitude pour le compositeur !
Le contrat thérapeutique fut rempli : la thérapie par l’hypnose a stoppé la pente où glissait Rachmaninov et rétabli une activité créatrice. Avec ce résultat : jamais plus de son vivant Rachmaninov ne consentit à faire entendre sa première symphonie. Autrement dit, le point d’entrée dans la dépression fut forclos.
N. Lebrecht admet que la thérapie a soigné Rachmaninov, mais il pense qu’elle a détourné son génie inventif. Beaucoup de gens ne connaissent de ce concerto ce qui en a été utilisé comme musique de films ou réarrangé pour des chansons (E. Carmen, F. Sinatra, P. Como, C. Dion). cf. Internet, Rachmaninov – « Shrinking the score », April 16, 2004, http://www.scena.org
(31) À partir de là, Mahler se sentit comme « condamné à mort ». Il changea son mode de vie. Il s’en plaint pendant la crise de l’été 1908, où il est à Toblach pour composer, mais devant désormais se priver de ses sports préférés, la nage, l’aviron la bicyclette, les ascensions, il n’arrive à rien. Mahler en sortira par le travail créateur : il écrit en quelques semaines Das Lied von der Erde, (Le Chant de la terre).
(32) Lettre à Alma, écrite tout de suite après le rendez-vous avec Freud, le 4 septembre 1910, in A. Mahler, Memories and letters, editor D. Mitchell, A Cardinal Book, 1990, p. 335.
(33) Memories and letters, op. cit., p. 336.
(34) Norman Lebrecht, op. cit., p. 230.
(35) Memories and letters, op. cit., p. 197.
(36) Minutes de la Société psychanalytique de Vienne, III, Gallimard, 1979, p. 260, 270. Cf. également, p. 259-260.
(37) Sur ce type de choix, cf. J. Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, 1973, p. 193.
(38) En juin 1910, paraît Un souvenir de Léonard de Vinci qui se termine par cette constatation de Freud : « nous devons avouer que la fonction artistique nous reste psychanalytiquement inaccessible », chapitre VI.
(39) Parole du Professeur J. Epstein auquel le père de Mahler avait présenté son fils, alors âgé de 15 ans, afin de savoir quelles étaient ses possibilités musicales. C’est vers quatre ans que le don musical de Mahler fut remarqué. 1er récital à 10 ans.
(40) En 1954, R et E Sterba écrivent dans l’introduction à leur Beethoven and his nephew (Pantheon, New York) : « La psychanalyse dans son état actuel ne convient pas à l’étude psychologique des dons ou des activités de créateur », Beethoven et sa famille, Corréa, Paris, 1955, p. 15.
PRESTO
Les deux patients musiciens de Freud

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